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In memoriam: Boubacar Idrissa Maïga (09.01.1969 – 28.10.2018) 

Né le 9 janvier 1969 à Gao, Boubacar Idrissa Maïga a grandi dans cette ville. Il fait son école fondamentale entre Gao et Bara. Après avoir reçu le diplôme d’études fondamentales (DEF) en 1986, il entre au Lycée Régional de Gao où il passe le baccalauréat en « sciences exactes » en 1990 et reçoit une bourse d’études pour l’Université d’État de Télécommunications de Saint Pétersbourg, Russie. Son séjour soviétique dure de 1990 à 1996. À sa sortie, il rentre au Mali pour faire un stage au siège de la Sotelma à l’Hippodrome courant 1997. Il repart en Europe l’année suivante pour poursuivre ses études, d’abord à Stuttgart, ensuite à Darmstadt (Université de Technologie de Darmstadt (Technische Universität Darmstadt) en Allemagne, pour ses études de Master en électronique et communications. Cette période coïncide avec son contact avec le réseau MSAS et son implication continue qui culmine en son intégration au directoire, l’organe opérationnel de la Société Malienne des Sciences Appliquées. Il a également constamment informé ses collègues des activités de MSAS et réussi à faire participer son directeur de thèse à MSAS 2006.

Après Darmstadt, Boubacar s’installe à Nairobi, au Kenya, où il travaillera au compte de la mission des Nations Unies pour la Somalie de 2010 à 2014. Homme de terrain, il participe aux missions complexes de mise en place de systèmes de communication, souvent dans des zones reculées et très exposées à toutes les formes de violence. Durant cette période il voyage fréquemment dans les pays limitrophes du Kenya et de la Somalie dont il gagne une connaissance fine. C’est d’ailleurs vers cette même région que ces voyages le ramènent régulièrement après son retour en Allemagne en 2015. Il s’installe à Berlin où il est chargé de grands projets de télécommunications chez Motorola. Il tisse sur place de nouveaux contacts professionnels à travers les disciplines, dont il fera profiter MSAS 2014. Avec ses collègues d’origine indienne et serbe, il organise un programme mémorable dédié aux enjeux de la cybersécurité et de la cybercriminalité pour le Mali et les autres pays africains. Jusqu’à son décès, il s’engagera à mobiliser les autorités maliennes sur les défis et opportunités techniques pour faire face aux risques avec des approches économiquement et politiquement durables.

À l’unanimité, les collègues de Boubacar se rappellent de sa générosité, de la chaleur de sa présence, de son enthousiasme contagieux face aux tâches les plus redoutables. Au sein de l’organisation MSAS, en plus de son engagement dans la préparation du Symposium malien sur les sciences appliquées, nous témoignons de son attention constante pour l’éducation des enfants des zones rurales et défavorisées. Il est difficile de détacher cet intérêt personnel de sa propre expérience comme enfant et élève entre ville et campagne dans différentes localités de la région de Gao. Ainsi depuis une quinzaine d’années, alors qu’il étudiait lui-même, il a créé ou co-initié des projets qui ont permis au Lycée Yana Maïga de se doter d’une salle informatique et d’un système d’assainissement, de soutenir l’ouverture du second cycle de l’école fondamentale d’Arhabou et la mise en route d’un minibus scolaire entre les écoles fondamentales de Tacharane ouest, Bagoundié et la ville de Gao. Après l’occupation de la ville en 2012-2013, il a mûri un projet d’appui à un grand nombre d’enfants défavorisés en risque de déscolarisation à cause de la précarité économique de leurs parents. Ce programme complexe et certainement coûteux visait à démontrer que l’accès à l’éducation de base est un droit fondamental pour tout enfant, tout citoyen, et que toutes les réflexions et ressources doivent être mobilisées pour traduire ce vœu en réalité pratique.

En même temps, il s’est impliqué dans les efforts de documentation de l’expérience de l’occupation du nord du Mali par les populations restées sur place, déplacées à l’intérieur du pays ou réfugiées hors des frontières, notamment au Niger et au Burkina Faso. Il est ainsi coauteur des deux publications sur la situation des réfugiés maliens dans ces deux pays et d’une masse documentaire inédite amassée entre 2013 et 2014.

Dans cette veine, la vision de Boubacar va au-delà de la scolarisation rudimentaire. Elle fait partie d’une conception de l’éducation comme un cycle continu de transmission entre le savoir familial et local auquel il était très attaché et le savoir technique et universel. Nous avons longtemps échangé sur les scénarios pour s’inspirer du système germanique de formation pour intégrer l’apprentissage de perfectionnement à la culture générale, artistique et artisanale, afin de donner aux jeunes sortants les meilleures opportunités de s’employer ou de créer des entreprises dans les villes intérieures. L’enseignement technique spécialisé de qualité dans un contexte de décentralisation des pôles de formation aura été son grand rêve pour le Mali. Un rêve inachevé suite à sa disparition prématurée le 28 octobre 2018.

Repose en paix cher frère et ami !

Comité MSAS

 

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